Ce qu’il y a dans un e-liquide et comment c’est contrôlé

Mis à jour le 31 août 2026

La question revient presque chaque semaine au téléphone : qu’est-ce qu’il y a vraiment dans un flacon. La réponse tient en quatre ingrédients, et elle est vérifiable, parce qu’aucun e-liquide ne peut être vendu légalement en France sans avoir été déclaré à l’ANSES avec sa composition complète. Nous avons 171 références en rayon, dont 87 flacons de 10 ml et 81 fioles de 50 ml, et aucune ne devrait vous obliger à deviner ce qu’elle contient.

Un mot avant le détail. Ces pages s’adressent à des fumeurs adultes. La nicotine crée une dépendance, et un e-liquide n’a aucun intérêt pour une personne qui ne fume pas. Si votre objectif est de sortir du tabac, Tabac info service au 39 89 est gratuit et compétent. La vape peut aider certains fumeurs, sans garantie, et elle n’est pas un produit anodin. Nous décrivons ce que contient le flacon, ce que la réglementation vérifie et ce qu’elle ne vérifie pas.

Quatre ingrédients, parfois cinq

Un e-liquide n’a rien d’une préparation exotique. Deux solvants portent tout le reste, un concentré aromatique donne le goût, la nicotine est facultative et plafonnée. Les proportions ci-dessous sont celles qu’on retrouve sur la quasi-totalité du marché français.

Ingrédient Rôle Part courante
Propylène glycol (PG), additif E1520 Transporte les arômes, donne le hit en gorge 30 à 70 %
Glycérine végétale (VG), additif E422 Épaissit le liquide, produit la vapeur visible 30 à 70 %
Concentré d’arômes Le goût, seul poste vraiment variable d’une marque à l’autre 5 à 15 %
Nicotine, base libre ou sels Facultative, plafonnée à 20 mg/ml 0 à 2 % du volume
Eau, parfois un peu d’alcool Fluidifier la base, fixer certains arômes 0 à 5 %

Le PG et la VG

Le propylène glycol et la glycérine végétale sont deux additifs alimentaires que vous avalez déjà sans y penser : dentifrice, sirops, glaçages, produits de boulangerie industrielle. Le premier est fluide et neutre, il porte les molécules aromatiques et produit la sensation en gorge que les fumeurs cherchent. La seconde est épaisse, légèrement sucrée, et fabrique le nuage. Leur rapport décide du comportement du liquide dans l’appareil, du remplissage des mèches jusqu’aux fuites, et nous avons consacré une page au choix du bon ratio PG/VG selon le matériel.

Un point d’honnêteté : leur statut alimentaire vient d’une évaluation pour l’ingestion. L’inhalation quotidienne pendant des années est une autre voie d’exposition, bien moins documentée. Les données disponibles ne montrent pas de toxicité aiguë aux concentrations utilisées, ce qui ne veut pas dire qu’un recul de trente ans existe.

Les arômes

C’est le poste le plus opaque du flacon, et le plus vendeur. Un concentré rassemble parfois vingt ou trente molécules, souvent issues de la palette de la confiserie et de la pâtisserie. La réglementation impose d’en déclarer la liste complète à l’ANSES, mais l’étiquette, elle, se contente le plus souvent d’une mention générique. Un fabricant sérieux répond quand on lui demande une fiche de composition ; les autres ne répondent pas, et c’est déjà une information.

La nicotine

Extraite de la feuille de tabac, elle se présente sous deux formes. La base libre, historique, monte en gorge de façon franche et se prête aux dosages bas. Les sels de nicotine, obtenus en ajoutant un acide organique, passent plus doucement et permettent de tenir 20 mg/ml sans agression. Le plafond légal de 20 mg/ml vaut pour les deux, comme la contenance maximale de 10 ml pour un flacon nicotiné. Faites le calcul : un flacon de 10 ml dosé à 20 mg/ml contient 200 mg de nicotine. C’est la raison d’être du bouchon de sécurité enfant, et de la règle qui suit, rangez-les en hauteur.

Ce qui n’a rien à faire dedans

La directive européenne 2014/40/UE interdit une série d’additifs dans les liquides nicotinés, dont les vitamines, la caféine, la taurine et les colorants. Le diacétyle et l’acétylpropionyle, deux arômes beurrés mis en cause dans des atteintes pulmonaires professionnelles, ont été retirés des formulations françaises et figurent parmi les substances écartées par la norme volontaire AFNOR XP D90-300-2. Quant à l’acétate de vitamine E, en cause dans les atteintes pulmonaires graves survenues aux États-Unis en 2019, il ne concernait pas les e-liquides nicotinés du marché légal mais des cartouches de THC vendues sous le manteau. La confusion circule encore, elle est fausse.

Le vrai risque de composition, aujourd’hui, ce sont les flacons rapportés hors circuit européen : pas de liste d’ingrédients lisible, pas de numéro de lot, parfois 50 mg/ml annoncés. Personne ne peut vous dire ce qu’ils contiennent.

Le parcours d’un flacon avant le rayon

Un e-liquide ne part pas en vente le jour où il sort de l’usine. Le fabricant ou l’importateur dépose un dossier de notification auprès de l’ANSES au moins six mois avant la mise sur le marché : composition ingrédient par ingrédient, données toxicologiques, émissions, procédé de fabrication. Sans ce délai purgé, la commercialisation est illégale.

Viennent ensuite les contraintes matérielles, qui sont celles que vous avez en main :

  • flacon de 10 ml maximum pour un liquide nicotiné, réservoir ou cartouche de 2 ml maximum ;
  • 20 mg/ml de nicotine au plafond, sans dérogation ;
  • bouchon de sécurité enfant, dispositif inviolable, contenant résistant à la casse et au remplissage sans fuite ;
  • avertissement sanitaire sur les deux faces principales, indiquant que le produit contient de la nicotine, substance qui crée une forte dépendance, et que son usage n’est pas recommandé aux non-fumeurs ;
  • liste des ingrédients par ordre décroissant, teneur en nicotine, numéro de lot, notice d’utilisation et coordonnées du responsable de la mise sur le marché.

S’y ajoutent les règles qui encadrent la vente elle-même : interdiction aux mineurs de moins de 18 ans, interdiction de la publicité et de la propagande, restrictions sur les lieux où l’on peut vapoter. Le cadre a bougé plusieurs fois depuis 2025, entre l’interdiction des puffs jetables et une accise sur les e-liquides finalement abandonnée, et nous tenons à jour une page dédiée à l’état exact de la réglementation française.

Lire une étiquette en trente secondes

Pas besoin d’être chimiste pour trier. Six mentions suffisent, et leur absence dit plus long que leur présence.

Ce que vous cherchez Ce que ça vous apprend Ce qui doit alerter
Volume du flacon Conformité au format légal Plus de 10 ml avec de la nicotine
Taux en mg/ml Le dosage réel, sels ou base libre Au-delà de 20 mg/ml
Liste des ingrédients La base PG/VG et la présence d’additifs Aucune liste, ou uniquement en anglais
Avertissement sanitaire Produit passé par le circuit réglementaire Absent, minuscule ou mal traduit
Numéro de lot et date Traçabilité en cas de problème Ni lot ni date
Coordonnées du responsable À qui s’adresser en cas de défaut Une simple adresse de site web

Le bouchon compte aussi : il doit demander une pression accompagnée d’une rotation. Celui qui cède d’une main sur un flacon nicotiné n’est pas conforme, et cela se voit en deux secondes à la réception d’un colis.

Effets à long terme : ce qu’on sait, ce qu’on ignore

Commençons par ce qui est établi. Une cigarette qui se consume dépasse 600 °C et produit du monoxyde de carbone et des goudrons issus de la combustion du végétal. Une résistance de cigarette électronique travaille autour de 200 à 250 °C et vaporise un liquide : ces deux familles de composés n’y apparaissent pas. Cela ne fait pas de l’aérosol de la vapeur d’eau pour autant. Ce que vous inhalez contient des particules fines, du propylène glycol et de la glycérine chauffés, des molécules aromatiques et, le plus souvent, de la nicotine.

Deuxième chose connue, et directement actionnable : la chimie de l’aérosol se dégrade quand la résistance chauffe mal. Un coton mal imbibé, une puissance trop élevée, un réservoir laissé presque vide, et le liquide dégradé libère des composés carbonylés comme le formaldéhyde. Le signal est facile à reconnaître, c’est le goût de brûlé, et la conduite à tenir est simple : on change la résistance. La fabrication de l’appareil pèse ici autant que la qualité du liquide, et nous détaillons ailleurs comment repérer un matériel correctement fabriqué.

Reste ce que personne ne sait. La vape existe à grande échelle depuis une quinzaine d’années seulement. Aucune étude ne peut décrire aujourd’hui l’effet d’une inhalation quotidienne d’arômes sur trente ou quarante ans, tout simplement parce que le recul n’existe pas. La nicotine, elle, est mieux connue : elle accélère le rythme cardiaque et installe une dépendance rapide. C’est pourquoi le consensus des autorités sanitaires françaises tient en une phrase que nous répétons volontiers : la vape est une aide possible pour un fumeur qui veut sortir du tabac, et n’a aucun intérêt pour quelqu’un qui ne fume pas. Une femme enceinte ou une personne sous traitement en parle à un médecin avant, pas après.

Sécurité domestique

Deux cents milligrammes de nicotine dans un flacon de poche, cela impose une place fixe dans la maison, en hauteur, hors de portée des enfants et des animaux. Le bouchon de sécurité ralentit, il ne verrouille pas. En cas d’ingestion, même douteuse, appelez le 15 ou un centre antipoison et gardez le flacon pour donner le dosage. Sur la peau ou dans l’oeil, rincez abondamment à l’eau.

Le reste tient à la conservation. La lumière, la chaleur et l’air oxydent la nicotine : le liquide fonce, prend un goût poivré, perd de son intérêt bien avant de devenir un problème. Nos conseils pour garder vos flacons en bon état le plus longtemps possible valent aussi pour les fioles de 50 ml entamées, qu’on ouvre plus souvent. Si vous complétez une fiole avec un booster, ces flacons de 10 ml sont eux aussi plafonnés à 20 mg/ml : les bases fortement dosées ne se vendent pas au grand public, et c’est très bien ainsi.

Pour accorder un dosage, une base et une famille d’arômes entre eux, tout est rassemblé dans notre guide d’achat des e-liquides. Les flacons prêts à l’emploi sont dans le rayon e-liquides en 10 ml, les fioles à compléter dans celui des e-liquides en 50 ml, avec les boosters de nicotine qui vont avec.

Vos questions

La vapeur d’une cigarette électronique, c’est bien de la vapeur d’eau ?

Non. C’est un aérosol, autrement dit de fines gouttelettes de propylène glycol et de glycérine chauffés, chargées d’arômes et le plus souvent de nicotine. L’eau y est marginale quand elle est présente. La formule circule beaucoup parce qu’elle rassure, elle est inexacte.

Les arômes sont alimentaires, donc sans risque à inhaler ?

Le statut alimentaire vaut pour l’ingestion, pas pour l’inhalation : c’est la principale zone d’ombre du produit, et nous n’allons pas prétendre le contraire. Ce qui est encadré : les additifs interdits par la directive européenne, la déclaration complète de la formule à l’ANSES, le retrait de molécules comme le diacétyle des formulations françaises.

Un e-liquide sans nicotine est-il sans danger ?

Retirer la nicotine supprime la dépendance qu’elle entretient, cela ne transforme pas le produit en objet inoffensif : l’aérosol reste un aérosol, avec ses arômes et ses solvants chauffés. Un liquide sans nicotine a du sens pour un ancien fumeur en fin de descente, pas pour une personne qui n’a jamais fumé.

Comment vérifier qu’un flacon acheté à l’étranger est conforme ?

Regardez trois choses : la contenance, qui ne peut pas dépasser 10 ml avec de la nicotine, le taux, plafonné à 20 mg/ml, et l’avertissement sanitaire en français avec les coordonnées d’un responsable joignable. Un 30 ml dosé en nicotine ou un 50 mg/ml ne relèvent pas du cadre applicable en France, quel que soit le site qui les propose.

Un enfant a ouvert un flacon, que faire ?

Appelez le 15 ou un centre antipoison, gardez le flacon pour communiquer le volume et le dosage, et ne provoquez pas de vomissements de votre propre initiative. Un 10 ml à 20 mg/ml contient 200 mg de nicotine : la quantité justifie un avis médical même en cas de doute sur ce qui a été avalé.

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